Pourquoi la prétendue nocivité du bilinguisme précoce est-elle un mythe ?

« Il vaut mieux bien apprendre le français avant d’entamer l’apprentissage d’une autre langue », « le bilinguisme crée de la confusion mentale », « si l’enfant mélange ses deux langues, il vaut mieux n’en utiliser qu’une »….

Voilà quelques-unes des affirmations fantaisistes que l’on peut encore entendre, de nos jours, à propos du bilinguisme des enfants. Maria Kihlstedt, experte dans le domaine du bilinguisme précoce, chercheuse, psycholinguiste, maître de conférences à l’université Paris X et auteure notamment de « Bilinguisme : tout se joue avant sept ans » explique que les avancées de la recherche scientifique dans le domaine de l’apprentissage précoce d’une autre langue ont démantelé certaines idées reçues, comme par exemple la « fragilité » du cerveau de l’enfant.

« Nous qui travaillons dans le domaine des sciences cognitives et en psycholinguistique sur l’acquisition du langage chez les enfants constatons encore la ténacité de certains mythes autour d’une prétendue nocivité du bilinguisme, alors que la recherche montre qu’il n’en est rien ! On ne risque pas de surcharger le cerveau du jeune enfant. Au contraire, son cerveau aime s’amuser, faute de quoi il s’étiole, ou, en termes plus scientifiques : il y a des circuits neuronaux potentiels encore ouverts qui ne demandent que d’être sollicités et stimulés, et ce toute la vie mais surtout avant l’âge de 7 ans. » écrit-elle.

Le jeune enfant apprend aussi facilement deux ou trois langues qu’une seule, et ce jusqu’à l’âge de 7 ans

Illustration Bonjour en plusieurs langues« On sait également que le bilinguisme enfantin n’est pas l’addition des deux langues dans le cerveau de l’enfant. Il s’agit plutôt de la construction d’une capacité linguistique à deux volets. En effet, les structures du cerveau du jeune enfant sont tellement flexibles qu’il apprend aussi facilement deux ou trois langues qu’une seule, et ce jusqu’à l’âge de 7 ans. À condition que les langues soient apprises “à l’âge du langage” (Dalgalian 2000), au moment où la plasticité cérébrale est en plein essor. Les raisons en sont d’ordre neuro-cognitif. Avant sept ans, l’enfant découvre et construit le langage comme faculté. Ce développement se fait en parallèle avec le développement cognitif général. Ainsi, découvrir le monde par un ou deux, voire trois volets, ne change pas grand-chose à l’affaire ! Les résultats de la recherche dans ce domaine ont contribué à faire passer, une fois pour toutes, aux oubliettes l’idée qu’une deuxième langue dès le plus jeune âge s’installe au détriment de la langue maternelle. Bref, pour reprendre une métaphore de Dalgalian, si on a la chance de tomber comme Obélix, en tant que bébé, dans une potion magique composée de deux ou plusieurs langues, c’est-à-dire d’être plongé dans le bilinguisme très tôt, on devient bilingue ! »

Sources : Maria Kihlstedt sur le bilinguisme précoce : « L’apprentissage d’une langue étrangère chez l’enfant » – Gilbert Dalgalian : « Comment çà marche le bilinguisme » Interview de Gilbert Dalgalian, spécialiste de l’apprentissage des langues et du bilinguisme. 

 

Comment devient-on un as de l’apprentissage ?

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